Au commencement était le syndrome métabolique

Plus tout à fait la santé, pas encore la maladie

Depuis plus de vingt-cinq ans, le lien spectaculaire entre le poids (ou plutôt le mode de vie) et l'éclosion de maladies telles que le diabète de type 2 ou les maladies cardiovasculaires est observé par une série d'anomalies ... trop fréquemment associées pour l'être par hasard : le syndrome métabolique11.

Etat de transition souvent négligé entre une parfaite santé et la maladie, le syndrome métabolique correspond à l'exposition à trois des cinq facteurs de risque suivants :

  • un excès de poids souvent modéré (très rarement une obésité massive), avec une répartition de l'embonpoint préférentiellement au niveau du ventre
    En pratique, il est évalué par la simple mesure du tour de taille - supérieure à 94 cm chez l'homme et à 80 cm chez la femme.
  • une hypertension artérielle modérée
  • des troubles de la tolérance au glucose (hyperglycémie à jeun) au moins modérés
  • un bilan lipidique anormal (dyslipidémie) caractérisé de deux façons : par une élévation généralement modérée des triglycérides et par une diminution du bon cholestérol (HDL-cholestérol)12.

A cette liste de facteurs de risque peuvent s'en ajouter d'autres fréquemment associés, comme une élévation modérée de paramètres d'inflammation13 (syndrome inflammatoire).
Selon le chemin d'évolution qui s'effectue sur 10 à 20 ans14, le syndrome métabolique se muera en maladie avec l'apparition d'un symptôme : par exemple une hypertension avérée ou un diabète de type 2 sur le plan cardiovasculaire. Le syndrome inflammatoire souvent associé au syndrome métabolique évolue lui vers une maladie inflammatoire : par exemple une maladie intestinale, un rhumatisme ou un cancer.
En France, un adulte sur quatre ou cinq serait en syndrome métabolique15.

Or, si chacun des dérèglements présents au sein du syndrome est modéré, leur coexistence traduit elle un risque de maladie déjà bien là.
Ainsi, par rapport à une personne en réelle bonne santé, le syndrome métabolique correspond à un risque d'accident cardiovasculaire multiplié par 3, un risque de diabète quasi-multiplié par 5 et une mortalité augmentée de 20%16.
Soit le signal faible d'un risque fort d'évoluer vers la maladie chez une personne en apparente bonne santé et ne présentant aucun symptôme. Sauf à prêter attention à son tour de taille.

Le syndrome métabolique (développement d'une résistance à l'insuline) précède l'évolution vers la maladie.

L'ennemi (et complice du coupable), c'est elle : la graisse viscérale

L'élément clé qui explique les différentes anomalies du syndrome métabolique est la résistance à l'action de l'insuline, l'hormone qui permet au glucose de pénétrer dans nos cellules.

Chez la personne en surpoids, au premier plan de cette résistance est incriminée une toute petite partie de l'excès de masse grasse : celle située profondément au niveau du ventre, autour des organes, dite graisse viscérale17.
Tissu vivant très actif, la graisse viscérale libère de façon excessive des acides gras libres et des substances pro-inflammatoires (cytokines) particulièrement toxiques.
La surproduction des premiers explique l'insulino-résistance en perturbant sévèrement le stockage naturel du glucose circulant dans le sang; celle des cytokines pro-inflammatoires explique elle l'existence du syndrome inflammatoire modéré, souvent associé à l'insulino-résistance.

A l'état normal, les muscles captent l'essentiel (80%) du supercarburant qu'est le glucose, et sont ainsi la principale cible d'action de l'insuline. Ils stockent le glucose sous forme de glycogène dans leurs tissus, en attendant la prochaine dépense d'énergie où le glucose sera libéré pour être utilisé par les cellules musculaires dans leur travail.

Or, en excès dans le sang, les acides gras libres entrent en compétition avec le glucose pour être brûlés dans les muscles ... qui leur donnent la priorité aux dépens du glucose. Au niveau du foie, c'est la synthèse de triglycérides ... et de glucose que le flux d'acides gras libres favorise !18
Un cercle vicieux s'installe alors.
Car pour maintenir la glycémie normale et tenter de contrer la surproduction hépatique et surtout le refus musculaire du glucose, le pancréas compensera ... en produisant toujours plus d'insuline ... ce qui favorisera la prise de poids, par la surconsommation alimentaire et le stockage des graisses.

Enfin, la sédentarité joue également un rôle non négligeable, en diminuant la sensibilité à l'insuline : d'abord en modifiant l'anatomie du tissu musculaire et tout particulièrement en diminuant les fibres musculaires impliquées dans les efforts d'endurance (qui sont à la fois très sensibles à l'action de l'insuline et grandes utilisatrices d'acides gras libres19); et également en favorisant la prise de poids.

Au fil des ans, si le surmenage du pancréas évolue vers l'épuisement, l'hyper-insulinémie laissera place à une hyper-glycémie voire éventuellement au diabète de type 2.

Ainsi la graisse viscérale se fait-elle la parfaite complice contre notre santé d'un mode de vie un peu trop moderne.


11 Ou encore appelé syndrome de résistance à l'insuline
12 Les autres valeurs seuils sont respectivement : pression artérielle supérieure à 130-85 mm Hg; glycémie supérieure à 1 g/l; triglycérides supérieurs à 1,5 g/l et HDL-cholestérol inférieur à 0,4 g/l chez l'homme et 0,5 g/l chez la femme.
Il s'agit ici de la définition du syndrome métabolique harmonisée, incluant les recommandations européennes relatives au tour de taille
13 Il s'agit de paramètres biologiques tels que la protéine C-réactive, la ferritine, le fibrinogène
14 Donnée Université Pierre et Marie Curie 2000
15 Balkau B, Vernay M, Mhamdi L, et al. The incidence and persistence of the NCEP (National Cholesterol Education Program) metabolic syndrome. The French DESIR study. Diabetes Metab 2003 ; 29 : 526-32
Gamila S, Dallongeville J. Épidémiologie du syndrome métabolique en France. Med Nutr 2003 ; 39 : 89-94
16 Lakka H-M et al., Journal of American Medical Association 2002 ; 288 : 2709-2716
17 Cette graisse péri-viscérale intra-abdominale se distingue par opposition à la graisse abdominale périphérique sous-cutanée, beaucoup moins délétère pour la santé
18 Le lien entre l'insulino-résistance et les autres anomalies du syndrome métabolique (baisse du HDL-cholestérol, augmentation de la pression artérielle) n'est pas abordé ici
19 Par opposition aux fibres musculaires impliquées dans les efforts de puissance, sensibles à l'insuline mais peu utilisatrices d'acides gras libres